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De très nombreux étudiants se demandent s’il faut passer le CRFPA et obtenir le CAPA pour intégrer un service juridique dans une entreprise. Les entreprises le demandent-elles systématiquement ? Pourquoi ? Quelles sont les conséquences si on ne passe pas l’examen ou si on échoue ? Bref, le diplôme du CAPA est-il indispensable lorsque l’on se destine à une carrière de juriste d’entreprise ?

La profession d’avocat est dite réglementée. Elle est accessible aux titulaires du Certificat d’Aptitude à la Profession d’Avocat («CAPA »). Ce diplôme est délivré par un Centre Régional de Formation Professionnelle d’Avocats (« CRFPA »). Pour pouvoir s’inscrire au CRFPA il faut se présenter à un examen d’entrée qui comprend des épreuves écrites d’admissibilité et des épreuves orales d’admission

Une fois l’examen obtenu, la formation initiale obligatoire se déroule sur une période de 18 mois, en 3 temps :

  • 6 mois d’enseignement pratique pour acquérir les fondamentaux
  • 6 mois consacrés à un projet pédagogique, par exemple dans le cadre d’un stage en juridiction, en administration, en entreprise ou en cabinet à l’étranger etc
  • 6 mois de stage au sein d’un cabinet d’avocats

En théorie, nul besoin du CAPA pour travailler comme juriste d’entreprise : un Master 2 « suffit ». En réalité, un juriste sur quatre est titulaire du CAPA. Pourquoi ? Certaines grandes entreprises (notamment étrangères) font de ce diplôme un critère de sélection car elles n’envisagent pas qu’un juriste ne soit pas avocat. Tel est en effet le cas dans de nombreux pays. A ce titre la France fait figure d’exception. On l’oublie souvent mais c’est la raison pour laquelle la réussite à cet examen sélectif et exigeant sert de gage à l’employeur.

La proportion d’avocats dans les entreprises qui réalisent plus de 10 milliards de chiffre d’affaires est de 28%. Ils ne sont plus que 17 % dans les entreprises qui totalisent un chiffre d’affaires entre 1 et 10 millions d’euros.

  1. Le directeur(trice) juridique lui (elle)-même avocat(e) de formation, aura naturellement tendance à privilégier le recrutement de ses pairs.
  2. L’écart de salaire entre un juriste titulaire du CAPA et un juriste sans est très sensible dès l’embauche. La différence entre le salaire moyen du premier et celui du second est de 23% en faveur de celui qui peut justifier du CAPA et de quelques années d’expérience en Cabinets. La différence de salaire chute à 5% lorsque l’exercice en Cabinets fait défaut. La progression de carrière est, elle aussi, impactée : environ 30 % des juristes « avocats » occupent des fonctions de directeur ou de responsable juridique contre 18 % seulement de juristes. Je vous invite à vous référer à l’enquête très complète et riche d’enseignements, l’AFJE et le Cercle Montesquieu sur les juristes d’entreprise et leur rémunération.
  3. Dans un environnement de plus en plus concurrentiel, certains souhaitent pouvoir se démarquer des étudiants ayant suivi un double cursus (Droit – Ecole de Commerce / Droit – Sciences Po…)
  4. D’autres enfin veulent se laisser la possibilité de changer de métier voire devenir indépendants. Or un diplôme est acquis à vie. Vous le conserverez même si vous n’exercez pas comme avocat et il vous permettra de vous réinscrire au Barreau si vous le souhaitez.

Attention, passer le CAPA sans jamais exercer comme avocat ne sert pas à grand-chose sinon à la reconnaissance aux yeux des chefs d’entreprises ; pour le valoriser efficacement il faut acquérir de l’expertise auprès d’associés en Cabinet d’avocats. La simple obtention du CAPA offre peu d’intérêt pour qui n’a nulle intention ou volonté de compléter cette formation par une collaboration pendant quelques années.

Tel est le cas de figure de l’étudiant qui ne souhaite absolument pas devenir avocat mais seulement travailler en entreprise et passer le CAPA uniquement pour le diplôme. Il effectuera 6 mois de stage obligatoire en Cabinet d’avocats durant sa formation, pratique probablement jugée trop brève pour démontrer une compétence en Cabinet à moins d’avoir obtenu en parallèle un L.L.M, un double cursus en Ecole de Commerce très orienté vers la professionnalisation ou encore un stage de longue durée à l’étranger.

En résumé :

Les arguments en faveur du CAPALes contre-arguments
Rémunération bien plus favorable (23% d’écart environ par rapport au salaire moyen de juriste)Aucune attirance pour le métier d’avocat ; ou préférence pour d’autres nouveaux métiers du droit
Meilleure employabilitéL’allongement des études : 1 an ½ en plus (+ éventuellement 1 an de préparation à l’IEJ)
Facilité à valoriser son diplôme à l’étranger  Un possible frein financier si l’on ne parvient pas à être embauché et acquérir une véritable expérience en France ou à l’étranger, parfois tout aussi enrichissante et « payante » qu’un diplôme supplémentaire
Souplesse et élargissement des avenirs possibles (statut salarié ou indépendant)Une possibilité de passerelle pour devenir avocat sans passer le CRFPA ni le CAPA. Après 8 ans d’exercice professionnel au sein d’un service juridique les juristes sont dispensés de la formation et de l’obtention du CAPA. Ils doivent, en revanche, passer un examen de déontologie et de réglementation professionnelle pour pouvoir prêter serment

Pour bien choisir, posez-vous les bonnes questions et essayez de vous projeter à long terme. Voici quelques pistes de réflexion :

  • Certains stages vous ont-ils plus enrichi que d’autres ? ou vous ont-ils donné envie de poursuivre dans une voie ?
  • Souhaitez-vous garder cette option pour le futur ?
  • Avez-vous une appétence particulière pour la plaidoirie ?
  • Est-ce que le statut de salarié est une condition essentielle ?
  • Quelle est votre ambition personnelle ?
  • Aimez-vous la compétition en général ?
  • Voyez-vous la recherche de clientèle comme quelque chose d’insurmontable ? Une corvée?
  • Avez-vous besoin de travailler rapidement ?
  • Quels efforts êtes-vous prêt à fournir pour obtenir le diplôme ?
  • Quelle est votre motivation pour devenir avocat ? le statut social ? l’argent ? ….

Il existe mille et une façons d’exercer la profession d’avocat, à chacun de trouver la sienne. Qu’importe la voie, l’essentiel est de préserver son seul vrai luxe, celui de choisir sa vie professionnelle. (Voir mon article témoignage ici).

1 réponse
  1. Clémence
    Clémence dit :

    Cet article est très intéressant et devrait apporter des réponses à ceux qui se posent cette épineuse question : Avocat ou pas pour exercer en entreprise ?
    Je me suis moi-même interrogée sur mon projet professionnel et j’ai la possibilité de passer le seul examen de déontologie en raison de mes années d’expérience en tant que juriste d’entreprise. L’approche est séduisante sur le papier, l’on se dit que c’est un bon moyen de valoriser son expérience avec à la clef un titre et de nouvelles perspectives professionnelles. Ce qui fait plus réfléchir sur cette procédure reste de l’ordre pécuniaire et n’est pas négligeable : selon le barreau que l’on choisit, le dossier et les frais de gestion afférents s’élèvent entre 1000 et 2000 euros, auxquels s’ajoutent 500 euros pour passer l’examen de déontologie et encore quelques centaines d’ euros pour la prestation de serment. Voilà ce que j’ai découvert lors de mes recherches et j’avoue que la douche a été plutôt froide…

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